Alors que nous apprêtions à célébrer la publication du numéro 12 de notre revue, mardi 10 mars, nous avons appris la disparition d’Alfredo Bryce Echenique, auteur de livres mémorables comme Un monde pour Julius ou de La Vie exagérée de Martín Romaña. Nous reviendrons dans les prochaines semaines sur cette disparition.
Toutefois, en attendant, un court extrait du début de Lola Beltran in concert, nouvelle publiée dans Guide triste de Paris qui nous révèle en quelques phrases le style de Bryce Echenique qui résida quelques 20 ans à Paris.
Et c’est alors que ma femme me quitta. Nous nous étions tant aimés et, c’est drôle, nous étions encore capables de nous aimer davantage, au cœur de l’amour. Nous étions très jeunes et très heureux, mais s’imagine qu’elle avait fait ses calculs et quelle avait trouvé que deux et deux ne faisaient plus quatre. Quelque chose comme ça. Ou était-ce que personne ne gagnerait jamais d’argent dans cette maison et que ça lui avait fait peur ? Bref, comme cadeau de séparation, elle me demanda de lui offrir un tourne- disque, pour qu’elle puisse continuer à écouter, à Lima, la musique que nous écoutions à Paris, et se souvenir toujours de moi quand elle m’oublierait. Je l’accompagnai a l’aéroport et remplis toutes les formalités de l’abandon, y compris cette formalité qui consiste à dire à très bientôt, et ciao, mon amour.
Alfredo Bryce Echenique
Lola Beltran in concert
in Guide triste de Paris
(traduit par Jean-Marie Saint-Lu, Métailié, 2003)


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