Pour fêter les 5 ans de la revue, nous avons demandé à quelques membres de la revue ce que signifie pour eux L’autre Amérique ? Aujourd’hui Maud poursuit la série.
L’Amérique, pour une gamine française de milieu populaire des années 80, c’est d’abord l’imagerie des westerns et des dessins animés de Walt Disney. Un peu de Tom Sawyer aussi. A l’adolescence, sex and drugs and Rock’n’roll, puis, avec l’éveil de la conscience politique, une certaine réticence envers l’impérialisme géopolitique et culturel… des Etats-Unis. Car le terme Amérique a souvent une acception limitée pour les Français, chez qui elle est plutôt synonyme d’Etats-Unis. Combien de fois ai-je entendu mon grand-père parler des “Ricains” qui l’avaient sauvé des “Boches”, et lui avait donné du travail à la Libération, et de conclure : Leur Coca-Cola avait un goût de médicament, mais ils nous embauchaient et étaient plutôt sympa.
Munie de ces quelques représentations, j’effectue mon premier voyage sur le continent américain dans les années 2000, au Canada, où une amie s’est installée après les études. Surprise par Montréal où les différentes communautés évoluent chacune dans leur quartier, je suis sous le choc en arrivant à New York par le Greyhound. J’avais imaginé une ville inhospitalière et survoltée, que je détesterais, et je m’y suis plue et égarée avec bonheur. Telle ma grand-mère qui s’était amourachée d’un G.I. à la sortie de la guerre, je suis tombée pour quelques jours sous le charme “ricain” fait d’énergie et d’enthousiasme, malgré le dégoût constant pour la politique américaine étrangère – c’est l’époque de la guerre en Irak.
Enhardie par cette première traversée transatlantique, je récidive rapidement, et mes pérégrinations me conduisent quelques mois plus tard à Rio, où une étudiante brésilienne rencontrée en Italie m’a invitée… ici ce n’est plus un choc, c’est une renaissance complète – corps, esprit, âme… le décalage entre ce que j’ai pu voir et ressentir au Brésil et l’image que les media français et surtout mes congénères m’en avaient donnée, dépassait le malentendu. En termes de traduction interculturelle, ce n’était pas du barbarisme, c’était …un contresens généralisé.
Mes voyages ultérieurs en Amérique du Sud m’ont confortée dans cette idée que, même consciente du pouvoir incroyablement déformant du spectre médiatique, j’avais tout à apprendre de ce continent, encore et toujours, qu’il me fallait laisser de côté tout ce que je croyais savoir, que plus je pensais le connaître, moins je le saisissais dans sa complexité. Bien des années plus tard, dans mon parcours d’amoureuse des livres, quel plaisir de rencontrer l’équipe de L’Autre Amérique – la revue !, à laquelle j’ai la chance de contribuer depuis peu. Le grand puzzle américain alternatif peut enfin s’assembler. Ce vivier d’intellos aussi savants que sympathiques, à l’esprit critique affûté, est un reflet fidèle de ma vision de “l’Amérique”, à mille lieues des représentations tapageuses. Cette revue, qui fête déjà ses cinq années d’existence, affirme haut et fort qu’une autre vision médiatique de l’Amérique est possible. Longue vie à elle !
Si, comme Maud, vous souhaitez nous donner votre interprétation de L’autre Amérique, que vous soyez membre ou non de la revue, envoyez-nous par mail votre interprétation.
Comment participer, rien de plus simple : aucune contrainte, un mot, quelques phrases, un texte plus argumenté, la voix est totalement libre – tant sur le volume de mots que sur le sujet (anecdotes, sens décrypté ou liens personnels avec la revue) ou que le style et la forme (écrit, poésie, vidéo, audio). Nous sommes impatients de vous lire.

L’autre Amérique à Mexico
Ce que signifie L’autre Amérique pour Luis
Poésie au dehors, poésie en dedans
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