Pour approfondir notre connaissance de Gonzalo Celorio, peu connu en France, et alimenter ce dossier #13, Magali Combal nous propose un nouveau point de vue de Tres lindas cubanas de Celorio.
Tres lindas cubanas de Gonzalo Celorio est un grand voyage dans le temps, l’espace et de multiples vies, y compris celle de l’auteur. Dans une superbe architecture narrative, il nous transporte d’Espagne, terre des ancêtres, à Cuba, au Mexique, aux Etats Unis. Voyage dans ces divers espaces et dans les époques successives de son histoire familiale et celle de l’Histoire.
Celorio retrace les temps forts de la destinée de ses grands-parents, puis il fait le récit de la vie de sa mère et ses deux sœurs, les Tres lindas cubanas et finalement de la sienne, en tant que fils, puis écrivain vivant intensément son époque. C’est ainsi que nous appareillons des Asturies vers plusieurs pays du nouveau monde, dont deux qui se partagent l’identité et l’attachement de l’auteur : Cuba et le Mexique.
En écrivant ces lignes, je revois en désordre quelques images de ce kaléidoscope de souvenirs, d’épisodes et de réflexions :
Un interminable discours Fidel Castro, la liste infinie des choses à faire par Virginia, mère de douze enfants, le congrès cubain de 1984 célébrant Alejo Carpentier sur le thème “Cubanía y universalidad de la obra de Ajejo Carpentier ”, la puissance du verbe “résoudre” dans le système D de la vie cubaine, les diaboliques épluchures d’oranges ingérés par l’oncle Juan Balagueró, le coup de foudre au premier regard de Tere et Juanito, la maison de Dulce María Loynaz, capsule temporelle de l’époque d’avant la révolution cubaine…
La vie à Cuba sous le régime castriste est décrite sans complaisance, sans parti-pris aveugle et avec un grand souci de justesse et bienveillance. Car Gonzalo Celorio nous rappelle que “de ses 80 kilogrammes, 40 sont cubains”. D’où cette capacité à mesurer et justifier ses propos sur le sujet. Il le fait parfois avec humour, comme lorsqu’il évoque un panneau affiché un temps au zoo de la Havane : “Il est interdit de manger la nourriture des animaux”.
De tous ces espaces, celui que l’on ne quitte jamais, ligne après ligne, c’est l’écriture de Gonzalo Celorio.
Magnifique, élégante, musicale, imagée et universelle car enrichie de la créativité linguistique sud-américaine.
À quelque pays ou langue qu’appartienne le lecteur, tout au long du livre il est le passager de cette merveilleuse langue espagnole que Celorio célèbre dans ses œuvres et ses engagements, lui, l’auteur de Del esplendor de la lengua española.
Monsieur Celorio, vous avez conclu votre discours de réception du Premio Miguel de Cervantes en déclarant que votre mot préféré est “mot”. Nous vous croyons ! Merci.

Tres lindas cubanas de Gonzalo Celorio
Tusquets Editores, 2006, 384 p.
[Inédit en français]

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