« Il n’y a pas un seul être humain sur cette planète
qui n’ait un rapport quelconque à la musique […].
Elle est le langage fondamental pour communiquer
sentiments et significations. La majeure partie de l’humanité
ne lit pas de livres. Mais elle chante et danse. »
George Steiner, Le silence des livres
Certains d’entre nous aiment accompagner leurs lectures d’un fond sonore. De leur côté, les écrivains puisent souvent leur inspiration dans un album ou un style de musique particulier qu’ils ont entendu au moment de la rédaction. Malgré leur proximité, dans notre esprit, ces deux arts, la musique et la littérature, sont des domaines à part depuis que la tradition occidentale les a séparés, à mesure que l’écriture prenait de l’importance. Pourtant, au début de la civilisation, la danse, la musique et le chant faisaient partie d’un seul et même rituel.
À l’occasion de ce numéro, laissons-nous porter par cet atavisme culturel et essayons de retrouver de la musique dans la littérature. Plusieurs options s’offrent à nous, toutes inspirantes ou amusantes, par exemple : les récits dans lesquels l’auteur choisit un musicien ou un instrument comme axe principal[1] ; les histoires dans lesquelles les personnages écoutent constamment des chansons ou d’autres morceaux[2] ; les ouvrages dont l’écriture est « musicale » en soi, c’est-à-dire dont les mots suivent un rythme soit par leur sonorité, soit par la syntaxe ou le style littéraire de l’auteur[3].
Comme la musique et la littérature se servent de figures rhétoriques similaires pour communiquer, nous pouvons assimiler des idées ou des images dans un roman à une phrase musicale, élément qui a un sens complet. Le fait de les présenter tout au long de l’œuvre et de les répéter avec une légère variation permet de produire un sentiment ou une sensation voulu par l’auteur. Cette technique peut facilement être observée dans plusieurs œuvres littéraires.
À ce propos, le meilleur exemple qui me vient à l’esprit est le polar d’un écrivain des Îles Canaries, Alexis Ravelo (Un tío con una bolsa en la cabeza). Dans ce livre, on peut clairement apprécier l’usage de diverses images, telles que des phrases musicales, pour susciter des sentiments divers, y compris une catharsis finale. Faisons l’expérience : en lisant ce court roman, faites attention à l’image « enfant dans la mer ». À la fin du roman, vous comprendrez comment la catharsis est produite et comment elle a été obtenue. Un écrivain espagnol, certes, mais la littérature est justement là pour permettre des rapprochements.
Enfin, nous nous réjouissons de voir notre section poésie se développer et se consolider. Ce travail de grande envergure est une réussite et nous ne pouvons que nous féliciter de voir que nos amis poètes ont trouvé ici, dans L’autre Amérique, l’espace qu’ils méritaient. D’ailleurs, les personnes peu familières du rayon poésie pourraient croire que la relation entre musique et poésie est des plus simples, or ce n’est pas le cas. Je suis sûr que cela a éveillé votre curiosité, n’est-ce pas ?
Enfin, le thème de ce numéro m’a donné envie de reprendre ma bonne vieille guitare. Je n’ai pas fait de grands progrès, je l’admets. L’idée était simplement d’avoir une approche concrète du sujet en produisant quelques sons harmonieux pendant que je lisais des poèmes ou que je réfléchissais à mes lectures. J’ai été naïvement surpris par la capacité de la musique à rassembler, à inciter à se réunir et à partager un moment. Comme le dit George Steiner, tout le monde sait danser et chanter, même moi. Alors, essayez !
Une fois encore, avant de vous laisser découvrir cette nouvelle publication, un immense merci à ceux qui ont contribué à la qualité de ce numéro :
Iván Farias
Amandine Biencourt
Philippe Bouverot
Antoine Barral
Mariana Villalobos Torres
Maud Lageiste
Constance Dubus
Mónica Pinto
Madeleine Buet
Aída María López
Abel Dubus
Claudia Oudet
Juliette A. Millet
Jesús Barrero Flórez
Luis Samaniego
Violeta Lemus
Sylvia Schneider
Enrique D. Zattara
Antonio Werli
Carolina Bustos Beltrán
Horacio Maez
Eduardo Uribe
Gabriela Puertas
Mario Daniel Villagra
Natalia Ruiz-Poveda Vera
Leonardo Torres Londoño
Et pour leurs relectures attentives :
Coralie Pressacco
Martine Mestreit
Jean-Claude Audy
Enrique Parma
José Salem
Marie Zaffino
[1] Hanoï, A. Lisboa ; Mirage d’amour avec fanfare, H. R. Letelier Je vous dédie mon silence, M. V. Llosa
[2] Séoul, São Paolo, G. M. Magne ; Captifs au paradis,C. Marcelo ; Concert baroque, A. Carpentier
[3] L’auteur qui vient immédiatement à l’esprit est J. Cortázar et sa syntaxe jazzistique. Dans ce numéro citons, Chasse à l’homme, A. Carpentier

La contracultura en México de José Agustín
Viagem do recado: Música e literatura de José Miguel Wisnik
Depuis que la samba est samba de Paulo Lins
Todos detrás de Momo de Gustavo Espinosa
La Chanson que nous chantons d’Eduardo Galeano