Le tour de force de Nicolás Medina Mora se distingue par une remarquable précision narrative, ce qui en fait un digne héritier du boom littéraire post-Bolaño. Grâce à une technique expansive, l’auteur interroge la condition d’une identité nationale mexicaine envisagée dans toute son ampleur. Son protagoniste, Sebastián Arteaga y Salazar, né à México, entreprend une série d’excursions métaphysiques qui reflètent une lutte intérieure liée au sentiment d’appartenance dans un contexte marqué par les courants migratoires générationnels.
La place prépondérante de l’angoisse suscitée par le « privilège blanc » dans une grande partie du récit permet au narrateur d’adopter un ton sarcastique et autodérisoire face à la précarité sociale qu’il croit ressentir. De plus, le style du roman insiste sur la confrontation aux traditions canoniques tout en s’orientant vers une représentation originale et expérimentale des modes de vie de jeunes adultes aux sensibilités hipsters. L’ouvrage met ainsi en évidence, simultanément, une maîtrise érudite des références philosophiques, historiques et poétiques, tandis que l’auteur nourrit l’intrigue d’éléments autobiographiques.
Le fait que le roman soit écrit en anglais élargit également les possibilités expressives et permet d’apprécier davantage la capacité d’adaptation de l’auteur, alors que Sebastián mène une course inexorable vers son accomplissement littéraire. Le lecteur est emporté dans un véritable tourbillon émotionnel, marqué par des relations explosives et des fluctuations affectives extrêmes, toujours sous-tendues par le sentiment que les traumatismes générationnels pourraient ressurgir au moment le plus inattendu.
Une autre caractéristique marquante du roman réside dans sa construction en vignettes, avec des sections introduites par des sous-titres qui donnent une idée générale de l’action à venir. Cette technique rappelle également qu’une méthode pseudo-journalistique peut servir une grande diversité de quêtes communicatives, tandis que le protagoniste poursuit sa soif d’aboutissement spirituel au fil de ses errances entre New York, Mexico et l’Iowa. Ces trois principaux lieux où se déploie l’intrigue revêtent pour l’auteur une importance qui dépasse largement la simple dimension sentimentale : ils deviennent les terrains d’évolution d’une voix hésitante entre l’obsession de l’assimilation culturelle et le désir de se complaire dans une reconnaissance artistique toujours insaisissable. Néanmoins, l’assurance presque bravache qu’incarne Sebastián exige une attention soutenue pour démêler les relations complexes du protagoniste avec les autres personnages importants du récit.
Dans l’ensemble, le roman retrace l’héritage d’une population plus large à l’échelle du continent, tandis que son titre réinvente le conflit entre ceux qui occupent le centre et ceux qui restent à la marge. Il donne accès à des expériences présentées de manière non linéaire, mais toujours inscrites dans un continuum kaléidoscopique qui ne saurait être autre que le produit d’un art sublimé. América del Norte devient ainsi l’Amérique qui est façonnée par l’Autre, par l’étranger ; toutefois, dans son effort incessant pour remettre en cause ces différences, nous pouvons entrevoir une lueur d’espoir pour l’humanité et, peut-être enfin, lutter contre la haine et l’incompréhension. Voilà, en substance, ce qui demeure un achèvement relevant à la fois de l’imagination du lecteur et de la vaste réflexivité de l’auteur.

América del Norte de Nicolás Medina Mora
SoHo Press, New York, 2024.
[Inédit en français]

Editorial – Le Mexique
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