Kabalasum, kabalasum sum sum… Comment un prêtre vénitien s’est-il donc retrouvé à composer Mo(n)tezuma, le premier opéra sérieux sur une thématique américaine ? C’est ce que nous propose d’imaginer Alejo Carpentier, qui nous fait embarquer pour l’Ancien monde avec un riche Mexicain mélomane et son valet Filomeno dans un voyage très… baroque.
Kabalasum, kabalasum sum sum… Les deux hommes arrivent dans une Venise en plein carnaval, l’un déguisé en Moctezuma et l’autre, au visage nu car noir. Le déguisement attire l’attention de Vivaldi, rencontré dans un café : « Bon sujet, bon sujet pour un opéra… ».
Pendant cette nuit arrosée en compagnie de deux autres maîtres du baroque qui ont rejoint la compagnie – Scarlatti et Haendel, – un concert chez les nonnes musiciennes se termine en farandole générale au rythme du récit de Filomeno : Kabalasum, kabalasum sum sum… Enchantement, brumes de la lagune ou celles de l’alcool ? La musique emmène les protagonistes sur la tombe de Stravinsky et jusqu’à un concert de Louis Armstrong pour Filomeno. Les lignes mélodiques qui font avancer les personnages dans un foisonnement de références sont d’autant plus mouvantes et libres qu’au moment où Carpentier écrit son roman, la musique de l’opéra de Vivaldi (retrouvée en 2002) est réputée perdue.
Inversion du point de vue, puisque l’exotisme est celui que découvrent le Maître mexicain et son valet dans la vieille Europe, exubérance du carnaval, surprises et illusions font la saveur dense de cette perle de petit roman : « le Baroque n’est pas qu’une époque[1] » !

Concert baroque d’Alejo Carpentier
Traduit de l’espagnol (Cuba) par René L. F. Durand
Gallimard, 1976 [Concierto barroco, Editorial siglo XXI, 1974]
[1] Devise du Festival Baroque de Pontoise.

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