« Le seul fait d’être en vie était,
dans leur esprit, une trahison. »
Leila Guerriero
L’Appel de Leila Guerriero est un roman exigeant. La romancière donne voix à Silvia Labayru, une jeune militante des Montoneros, séquestrée en 1976 à l’ESMA, centre de torture emblématique de la dictature argentine. Enceinte, torturée, violée, elle survit à l’enfer. Mais, comme une double peine, à sa libération, elle sera rejetée par ses anciens camarades, accusée de collaboration pour avoir survécu.
Chaque silence est signifiant
Le style de Leila Guerriero, bien que journalistique, épouse une forme de pudeur littéraire : l’émotion est contenue, presque retenue. Chaque phrase semble pesée, chaque silence est signifiant. L’autrice ne cherche pas à expliquer, mais à exposer. Elle laisse le lecteur face à cet abîme, sans le guider, et l’on peut de temps à autre se perdre dans ces entretiens retranscrits parfois avec une fidélité presque clinique. Le texte devient alors un lieu de mémoire, un espace de justice poétique pour dénoncer la dictature et la répression politique. Nous sommes seuls, face à la vérité nue.
Ce travail s’inscrit dans la tradition du journalisme narratif latino-américain, où l’enquête se double d’une écriture littéraire exigeante. Leila Guerriero ne romance pas : elle retranscrit, structure, et donne à entendre une voix longtemps réduite au silence. C’est précisément cette fidélité à la parole d’une survivante qui rend ce livre si bouleversant.

L’Appel, histoire d’une femme argentine de Leila Guerriero
Traduit de l’espagnol (Argentine) par Maïra Muchnik
Rivages, 2025, 544 p. [La llamada: un retrato, Anagrama, 2024]

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