Carlota[1], depuis les marges de l’histoire
Bien entendu, rien de tout cela ne parvenait aux oreilles de l’impératrice.
José Luis Blasto, Maximiliano íntimo (1905)
C’est sur la justice que se fondent les empires.
Fernando del Paso
Que ce soit par la puissance de son nom, par son parcours ou par le titre nobiliaire qui l’a conduite à la folie, Carlota a stimulé l’imagination d’écrivains de différents siècles, comme le souligne à juste titre José Luis Trueba Lara dans « Une note pour les curieux », auteur du roman Carlota, la otra historia, publié par Océano en 2025. Corona de sombras (mentionné dans le roman), de Rodolfo Usigli ; Des nouvelles de l’Empire, de Fernando del Paso ; Carlota, de Laura Martínez-Belli ; Péguese mi lengua, de Fernando Solana Olivares ; Maximiliano y Carlota. Vida y Tragedia, d’Egon Corti, sont autant d’exemples de la littérature universelle consacrée à ce personnage. À cela s’ajoutent deux films des années 1930, trois nouvelles en néerlandais inspirées par le château de Bouchout : El viento caliente, La comedia francesa et Te odio, señor Manet ; une chanson composée par Vicente Riva Palacio et une pièce de théâtre du même nom, écrite par Homero Aridjis, Adieu, maman Carlota ; un feuilleton mexicain, Carlota y Maximiliano, et bientôt une série : Carlota.
Pour ma part, je me suis penché sur le bref passage de Carlota au Yucatán. Les documents historiques indiquent qu’elle débarqua au port de Sisal sans Maximilien, le 22 novembre 1865, comme en témoigne une lettre manuscrite de sa propre main : « Des personnages blancs apparaissaient sur les seuils ; ici, au Yucatán, tout est blanc, jusqu’au sol… Nous avons marché sur un tapis de coquillages blancs jusqu’à la maison prévue pour notre repos. » Elle fut frappée par le fait que le premier télégraphe de la péninsule eut été installé à l’occasion de son arrivée et que les Yucatèques ignoraient « l’invention mexicaine », cette avancée technologique à laquelle ils allaient bientôt se familiariser, à tel point qu’il fallut équiper le bureau de chaises pour les dames, selon son récit. Son itinéraire l’a conduite à Mérida, la capitale du Yucatán, où elle a visité la cathédrale, la première sur le continent américain, construite entre 1561 et 1598.
Face à toutes ces histoires politiquement correctes, Trueba Lara, avec une maîtrise narrative étonnante, transfigure la version officielle pour la reconstruire à partir des marges, à travers la voix de celle qui aurait pu être l’une des quatorze dames d’honneur bénévoles au service de l’impératrice, car comme le dit si bien le personnage : « Tu n’es pas là pour le savoir et je ne suis pas là pour le raconter, mais ces enfants seront les héritiers du secret de Maxi », en référence aux enfants des dames d’honneur qui ont trahi Sa Majesté.
Seul un écrivain expérimenté est capable de dessiner un personnage solide au sein d’un « château en l’air » sans le précipiter dans le vide. De l’amour à la folie, de Miramar à Chapultepec, de l’apogée à la chute, le roman de l’impératrice Carlota sans fin heureuse, cette autre histoire de Trueba Lara, est une proposition audacieuse qui enchante.
Traduction L’autre Amérique

Carlota. La otra historia de José Luis Trueba Lara
Océano, 2025 [Inédit en français].
[1] Charlotte de Belgique est l’unique fille de Léopold 1er, roi des Belges, et de la reine Louise. En qualité d’épouse de l’archiduc Maximilien d’Autriche, vice-roi de Lombardie-Vénétie, puis empereur du Mexique, elle devient, en 1857, archiduchesse d’Autriche, puis, en 1864, impératrice du Mexique. Source Wikipédia.

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