Dans Des nouvelles du Mexique, publié aux éditions Métailié, le lecteur est invité à parcourir une cartographie magique de la nouvelle hispano-américaine contemporaine. L’ouvrage déploie une pluralité de voix, de rythmes et de formes narratives qui dessinent un paysage littéraire d’une richesse rare. Cette aventure littéraire offre autant un dépaysement plaisant qu’une découverte sensible de l’âme mexicaine à travers des nouvelles publiées entre les années 1960 et les années 2000.
Car la littérature mexicaine contemporaine ne se laisse pas enfermer dans une identité unique et stable. Elle se démultiplie, se diffracte, se répond comme une constellation en expansion. Chaque auteur y trace sa propre trajectoire, invente son propre Mexique, ses blessures, ses éclats, ses étrangetés.
Jorge Ibargüengoitia installe une satire acide, José de la Colina explore les zones troubles de la mémoire, José Agustín fait surgir une énergie urbaine tandis qu’Antonio Sarabia déplace le regard vers des récits traversés par l’exil.
Luis Arturo Ramos et Guillermo Samperio jouent avec les frontières du réel. Chez Elmer Mendoza, la violence n’est jamais décorative : elle est rythme, respiration, matière narrative. Paco Ignacio Taibo II, quant à lui, inscrit la fiction dans une tension politique et sociale où le récit devient enquête. Eusebio Ruvalcaba ramène avec mélancolie la littérature vers l’intime.
Plus loin, Alberto Ruy Sánchez ouvre des espaces labyrinthiques, tandis que Daniel Sada impose une langue dense. Mónica Lavín et Fabio Morábito déplacent les lignes du quotidien. Juan Villoro, observateur aigu, mêle humour et lucidité critique.
Xavier Velasco et Enrique Serna n’hésitent pas à pousser la provocation, à déstabiliser les normes sociales et narratives. Mauricio Molina et Mario Bellatin, chacun à leur manière, déconstruisent les formes traditionnelles du récit. Ana García Bergua et Rosa Beltrán explorent des univers où l’ironie côtoie la mémoire féminine.
Ana Clavel travaille les zones du désir et de l’imaginaire, tandis que David Toscana installe des récits où l’absurde et l’histoire se confondent. Guillermo Fadanelli impose une écriture brute, presque désenchantée. Mario González Suárez et Eduardo Antonio Parra inscrivent leurs nouvelles dans une géographie du Nord, âpre et désolée.
Eloy Urroz et Ignacio Padilla interrogent les formes mêmes du récit. Jorge Volpi déploie une fiction intellectuelle, traversée par les grands récits scientifiques. Álvaro Enrigue, Fernando de León, Socorro Venegas et Miguel Tapia Alcaraz prolongent ce mouvement, chacun à leur manière, vers des territoires où la nouvelle devient laboratoire et fracture.
Ainsi, ce recueil ne présente pas une école, mais une production féconde : celle d’une littérature plurielle, indocile, où chaque auteur invente son propre Mexique ; un Mexique à la fois unique et multiple, car, pour reprendre les mots de l’écrivain mexicain Alfonso Reyes, « La cultura es un proceso de mezcla y continuidad »[1], une culture née de l’entrecroisement des cultures.

Des nouvelles du Mexique (Recueil)
Traduit de l’espagnol (Mexique) par F. Gaudry, N. Lhermillier, G. Iaculli, B. Hausberg, L. Hasson, M. Million, R. Solis, A. Gabastou, D. Zaslavsky, C. Couffon, Métailié, 2009, 382 p.
[1] La culture est un processus de mélange et de continuité. N.D.L.R.

Editorial – Le Mexique
Entre la France et le Mexique, l’Alliance Française tisse un lien discret mais tenace depuis plus de 140 ans