Le mal de Lazare est un de ces livres qui imposent un rythme, écrit dans un style épuré et qui nous fait voir l’existence humaine à ciel ouvert avec tout son formidable magma sonore. Publié en 2018 au Brésil et traduit chez les éditions Le Lampadaire en 2026, le premier roman de Krishna Monteiro adopte le silence comme présupposé, car c’est à partir du silence que l’on peut entendre.
Inspiré par La Machine du monde de Carlos Drummond de Andrade qui ouvre le texte en épigraphe, le livre est guidé par la voix d’un personnage mystérieux qui semble parfois être celle de la mort, de la maladie ou d’un ange. Cette voix nous emmène auprès d’un homme, ouvrier d’abattoir, qui, en se bouchant les oreilles, dessine et fait taire la machine, les souffrances et les douleurs. D’abord les siennes, bien sûr, mais aussi celles des « gens de ce pays », et finalement, celles du monde et de tous ses composants – arbres, rivières, terre…
De ce pays nous ne savons pas grande chose ; ville sans nom, archétypique de la campagne brésilienne qui tourne le dos aux montagnes et avance vers la mer, dont les gens manquent de tout, souffrent de la faim, de la sécheresse ou de la maladie. Nous nous trouvons dans un lieu à la fois profondément ancré dans nos histoires matérielles – dont les bruits ne cessent de résonner – et appartenant au monde de l’imagination, comme s’il s’agissait d’une fable, d’une parabole ou d’un récit mythique.
Divisé en trois parties, le premier chapitre, « La tâche », reprend le développement de la maladie du personnage ; « La machine », le monde avec ses va-et-vient ; « La musique », l’arrangement du magma sonore. Le mal de Lazare est donc le récit de cet homme malade qui avance en reproduisant sur du papier ce qui l’entoure et qui, dans son errance, semblable aux les ondes sonores se heurtant inlassablement à la matière, parvient à y voir clair et à atteindre une forme de rédemption.
« Je ramasse les portraits que tu as jetés par terre, m’asseyant à côté d’eux sur le tapis, et c’est comme si je contemplais une carte (…) une carte des silences dont la quintessence est entre tes mains. »

Le mal de Lazare de Krishna Monteiro
Traduit du portugais (Brésil) par Stéphane Chao, Le Lampadaire, 2026, 196 p.
[O mal de Lázaro, Tordesilhas, 2018]

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