Je poursuis mon exploration de l’œuvre d’Oswaldo Reynoso, cette fois avec En octubre no hay milagros (En octobre, il n’y a pas de miracles), publié en 1965. Le roman dépeint une Lima marquée par les inégalités, la frustration et la décadence morale, dans le cadre de la fête du Señor de los Milagros. Au-delà de l’aspect formel — que Reynoso maîtrise avec une remarquable diversité de voix narratives et une habile gestion du temps — c’est le contenu de l’œuvre qui m’intéresse le plus.
Le titre a retenu mon attention dès le début, car il suggère une attitude réaliste, transgressive et désenchantée face à la religion catholique. Cependant, après une lecture attentive, je pense qu’un titre plus précis aurait été : En octobre, il n’y a pas de miracles : pour Don Manuel et la famille Colmenares, il n’y a pas de miracles. La stratégie d’Oswaldo Reynoso consiste en une généralisation emphatique qui vise à provoquer un effet et à transmettre une vision particulière du monde, même si celle-ci est essentiellement subjective et symbolique.
À travers sa prose poétique, Oswaldo Reynoso convainc le lecteur de la vraisemblance de cette réalité fictive. Cependant, cette généralisation prend tout son sens lorsqu’elle ne traite qu’une partie de la réalité et la présente comme un tout. Dans une réalité plus vaste et plus diversifiée, il est tout à fait possible qu’une même foi soit vécue de manière aussi bien sincère que fallacieuse et qu’elle puisse, par ailleurs, s’avérer édifiante même pour ceux qui traversent des situations difficiles.
Certains personnages sont mieux cernés que d’autres. Don Manuel et don Lucho incarnent les pôles opposés de l’univers narratif ; en revanche, Tito — l’amant de don Manuel, surnommé « visage de fumée » — n’apparaît que vaguement esquissé à travers ses gestes, ses acquiescements et ses réticences. Il est dépourvu de monologue intérieur, de sorte que nous ignorons ce qu’il pense, ce qu’il rêve, ce qu’il croit ou ce qu’il aime. La conscience de Tito est un abîme qui reste inexploré. Cette omission narrative est paradoxale : alors que Reynoso dénonce l’exploitation, il prive de voix le personnage le plus exploité, le laissant prisonnier du regard de l’oppresseur ou de la froideur du narrateur-caméraman.
Vers la fin du roman, O. Reynoso recourt à une série d’images poignantes — violence, maltraitance, mort — qui ont un impact immédiat sur le lecteur. Ces scènes fonctionnent comme un « montage d’attractions » cinématographique : le roman cesse d’être uniquement l’histoire des Colmenares et cherche à devenir une fresque d’une Lima malade. Cependant, le dramatisme frôle parfois le sensationnalisme.
Il ne fait aucun doute qu’Oswaldo Reynoso a écrit un excellent roman. J’ai été impressionné par ces images d’une Lima d’autrefois, aujourd’hui transformée, mais dont les vices et les tragédies perdurent. Le langage, que certains qualifient de « lumpen », est plein de vigueur. Des écrivains animés d’une passion telle que celle d’Oswaldo Reynoso sont nécessaires, indispensables, surtout aujourd’hui, alors qu’il semble que ce genre de passion ait disparu.
Traduction : Claudia Oudet

En octubre no hay milagros d’Oswaldo Reynoso
Paru en 1965, republié par Alfaguara, 2018.
[Inédit en français]

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