Felipe Lorente participe activement au club de lecture de l’Institut Cervantès. Il nous a fait part de son impression sur ce livre de Gonzalo Celorio.
Si dans dix ans on me demandait qui est pour moi Gonzalo Celorio, je dirais que c’est l’auteur des Tres lindas cubanas. Je ne suis pas allé à Cuba autrement qu’en le lisant, et ce n’était pas un voyage de touriste. Il n’en a pas fait la réclame, il n’a pas donné plus envie que ça d’y aller. Mais après l’avoir lu, si on n’a pas l’impression d’y être allé en touriste, on a par contre bien l’impression d’y avoir vécu, et d’une vie qui se serait prolongée sur plusieurs générations. Les Tres lindas cubanas commencent par être de jeunes filles en fleur, puis des mères, puis des tantes, puis des grand-mères, à qui l’on vient rendre visite quand on revient sur l’île qu’on a quittée à cause de l’histoire, la grande, et de ses multiples répercussions sur la petite histoire de chacun. C’est ainsi qu’elle nous est rendue (et prend chair) : l’histoire de Cuba prend chair avec les Tres lindas cubanas. Bien sûr, la révolution cubaine, l’avant et l’après révolution, comme elle nous est vendue, mais aussi par ses détracteurs. On y perd son latin, et si l’on est révolutionnaire, sa révolution, comme on a perdu tout ce qu’on avait avant. Mais même si le cœur n’y est plus, il y est quand même. Comment ne pas aimer Cuba quand Cuba, c’est sa vie et la vie des siens, de ceux qui y sont restés comme de ceux qui en sont partis ? C’est un Cuba de l’intérieur que Gonzalo Celorio nous a laissé, et que l’on me pardonne le jeu de mots : un Cuba qui a incubé longtemps en lui, et maintenant en nous, ses lecteurs.

Tres lindas cubanas de Gonzalo Celorio
Tusquets Editores, 2006, 384 p.
[Inédit en français]

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