Ce premier roman de Maricela Guerrero, chercheuse et poétesse mexicaine née en 1977, s’ouvre sur une citation de Gilles Deleuze « …dans des situations de tyrannie, d’oppression…devenir révolutionnaire. Il n’y a rien d’autre chose à faire. » C’est effectivement une révolution que va vivre Maura, une adolescente, dont on va suivre les années lycée jusqu’à son entrée dans le supérieur. Le roman se déroule dans les années 1990, époque où les rigidités de la société commencent à se fissurer.
Un évènement est à l’origine du récit et va marquer la collégienne : l’apparition dans les toilettes d’une élève, Rudra, qui l’aide à laver sa blouse blanche tachée de sang, et sa honte ! Cette rencontre décisive lui fait connaître un premier émoi amoureux et lui ouvre une voie émancipatrice. Rudra fixe un rendez-vous à Maura ; celle-ci ne pourra ni s’y rendre ni la prévenir. Le roman est comme son journal intime adressé à cette nouvelle amie idéalisée, espérant que celle-ci le lira un jour. Le lecteur est immergé dans la vie de cette élève du lycée no 38 de Mexico, à tel point que l’on révise le programme avec elle, par exemple l’histoire du Mexique, avec la célébration du quatre-vingtième anniversaire de la Révolution mexicaine ou l’hydrographie de l’Afrique… Avec sa sensibilité exacerbée, Maura est prise dans un maelstrom d’émotions provoqué par son environnement : couleurs, odeurs mais aussi école, famille, ami-e-s, chansons de l’époque, actualité politique … et chaque élément de sa vie tourne en boucle dans sa tête. La poésie n’est jamais loin, avec des métaphores frappantes comme ce glacier qui fond et se reconstitue au gré de ses sentiments.
Bronce dorado est la couleur de ce rouge à lèvres que se met Rudra, accompagné du geste qui devient à travers les yeux de l’héroïne une magnifique et sensuelle chorégraphie : « labio superior, del centro a la izquierda,… y del centro a la derecha, labio inferior…esta boca es mía », leitmotiv du roman jusqu’à devenir étendard d’une lutte féministe pour avoir le droit de choisir qui on est.
Beau roman sur l’adolescence, cette époque décisive de la vie faite de sédiments qui diffusent et forgent une personnalité en devenir. Époque accompagnée souvent d’un chaos émotionnel, mais aussi de rébellion nécessaire pour affronter la réalité. Heureusement, un Madelman, petite figurine à la mode à cette époque, est à ses côtés, tel un ami imaginaire.
Et enfin, mention spéciale pour la couverture, illustration très sensible du roman. Le titre Bronce dorado est écrit sur un bout déchiré d’une page d’écolier. Le titre en couleur et relief se détache d’une photo en noir et blanc : deux adolescentes que l’on devine en train de parler et dont on ne voit que les jupes d’uniforme et… Oh scandale !… au-dessus du genou !

Bronce dorado de Maricela Guerrero
Ed. Lumen, 199p. Ciudad de México 2025
[Inédit en français]
[1] Bronze doré.

Editorial – Le Mexique
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