Yuri Herrera vit depuis de nombreuses années à La Nouvelle-Orléans. Il enseigne actuellement à l’université de Tulane, où il a mené des recherches approfondies sur l’exil de Benito Juárez à La Nouvelle-Orléans, entre 1853 et 1855, provoqué par le dictateur Antonio López de Santa Anna. Son roman, La estación del pantano [1](2022), a été échafaudé à partir de coupures de presse de l’époque, de fragments d’archives, de lettres, de polices de caractères, de cartes… pour former une sorte de fresque murale, comme un graffiti, représentant Benito Juárez à Oaxaca, sur laquelle l’auteur précise : « Ce n’est pas là la véritable histoire ».
Herrera intègre une série d’éléments avec lesquels il joue, certains réels, d’autres non. Il les combine et les enrichit grâce à sa prose sensorielle et rythmée ; le décor principal étant la Nouvelle-Orléans, ville fondée par les Français et construite sur un marécage.
Entre musiciens, malfaiteurs, défilés, esclaves et incendies criminels destinés à toucher les indemnités d’assurance, l’auteur nous présente un Juárez migrant qui survit grâce à des petits boulots ; un Juárez sans préjugés, hanté par des rêves de vampires provoqués par la fièvre jaune, un Juárez qui tombe amoureux, qui danse et se drogue, dans un univers marqué par la dure réalité de l’esclavage des Africains.
Cet exil est une sorte de voyage intérieur que Benito Juárez entreprend à l’âge de 47 ans, dans une ville étrangère comme La Nouvelle-Orléans ; un bouillonnement culturel vivant, musical et chaotique, où se mêlent des langues telles que le français, l’anglais, l’espagnol et le créole, un français amélioré.
Une histoire de Juárez, non pas héroïque, mais clandestine, avec peu de moyens, partageant ses dépenses avec d’autres exilés comme Melchor Ocampo.
Benito Juárez observe et s’imprègne de la pensée libérale moderne pour devenir le futur premier président indigène du Mexique.
Yuri Herrera a déclaré dans une interview : « Cette histoire m’intéressait en tant qu’espace de réflexion sur ma relation avec la ville, sur la façon dont je perçois l’importance de cette ville (La Nouvelle-Orléans) avec ses contrastes brutaux ».
Ce sont précisément ces contrastes qui ont transformé Benito Juárez, et c’est ainsi qu’un autre Mexique a vu le jour…

[1] La station du marais, traduction littérale du titre.

Editorial – Le Mexique
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