Adán, peux-tu nous dire de quels thèmes et de quels styles s’inspire la fiction mexicaine récente et vers quoi elle se dirige, plus précisément en ce qui concerne le roman et la nouvelle ?
La fiction mexicaine puise à de nombreuses sources : le Mexique profond de Juan Rulfo, la génération du Crack dans les années 1980 qui cherche une rupture face aux traditions de la littérature mexicaine qui étaient devenues très lourdes. Dans les années 1990 surgit une littérature plus journalistique, plus agressive, avec une forte empreinte urbaine ; une littérature érotique, habitée par les drogues et l’alcool, incarnée par exemple par Guillermo Fadanelli et Xavier Velasco. Elle est influencée par la littérature américaine, qui est une littérature sans le poids d’une tradition sacrée, où il n’y a pas besoin d’être un puits de science pour devenir écrivain. Velasco fait le pont avec la génération suivante, qui reste influencée par Charles Bukowski, John Fante, James Ellroy pour le roman noir, et par Cormac McCarthy en ce qui concerne la violence. C’est la génération à laquelle appartiennent Bernardo Esquinca et Martín Solares, qui écrivent une littérature beaucoup plus directe.
Martín Solares fait une littérature du Nord, définie culturellement par le narcotrafic. Ce thème du narcotrafic s’est ensuite étendu à tout le pays au cours de la décennie 2010. On y trouve Fernanda Melchor qui écrit sur le narcotrafic au Veracruz ; elle est la descendante directe de Xavier Velasco et de Martín Solares. Dans cette génération, on trouve aussi Emiliano Monge et Julián Herbert, avec une littérature d’une immense violence. Et, aux côtés de Valeria Luiselli et Guadalupe Nettel, leur littérature est pensée depuis l’étranger et s’adresse davantage aux étrangers qu’aux Mexicains eux-mêmes. En effet, si l’on vit à l’étranger et que l’on suit l’actualité du Mexique, il est plus facile d’en faire une métaphore. Nous avons passé un certain temps sans grands auteurs mexicains de projection internationale, mais Luiselli, Melchor et Nettel le sont bel et bien aujourd’hui.
Et vers quoi se dirige la fiction mexicaine actuelle ?
Nous allons vers une littérature plus littéraire, comme celle de Vicente Alfonso, qui n’est pas dictée par un meurtre lié aux cartels ou par une violence extrême, comme c’est le cas chez Emiliano Monge et Fernanda Melchor. Il y a un dialogue avec la mort dans l’œuvre de Mateo García Elizondo, notamment avec son roman Una cita con la Lady (« Un rendez-vous avec la Lady »), très intéressant, qui traite de l’héroïne et des voyages intérieurs. On le voit aussi avec Marina Azahua et son livre Archivo agonía (« Archive agonie »), où une personne qui vient de perdre l’amour de sa vie, son partenaire, découvre que ce dernier avait une obsession pour l’instant précis qui précède la mort. Marina Azahua livre ainsi une réflexion captivante sur la mort.
Andrea Chapela écrit des nouvelles et des romans apocalyptiques, axés sur les crises liées au réchauffement climatique, comme l’inondation de la ville de Mexico et des visites guidées de son centre historique. En la lisant, on parcourt le Zócalo, on descend la rue Madero, mais ce sont désormais des rivières.
Quels sont les auteurs et autrices qui, selon vous, pourraient monter en puissance dans les années à venir ?
Certains pourraient monter en puissance parce qu’ils ont remporté des prix et sont publiés par de grandes maisons d’édition, mais ont encore besoin de publier un autre livre. Je pense à Marina Azahua, Isabel Zapata, Alaíde Ventura — qui a écrit un livre intitulé Los Rotos (« Les Brisés ») sur une rupture familiale brutale —, et Antonio Vázquez. Ce dernier, originaire d’Oaxaca, écrit un roman à travers les yeux d’un jeune né aux États-Unis, qui lui ressemble beaucoup, et qui retourne au village. Il y a cette dynamique : le fait d’être profondément d’Oaxaca tout en vivant à Tucson, en Arizona, mais lorsqu’il arrive à Santa María del Tule, au village à Oaxaca, il n’est plus vraiment de là-bas non plus. Les peuples autochtones, étant toujours vus de l’extérieur, se voient toujours attribuer une aura de magie, de beauté et de bonté. Mais Antonio les observe de l’intérieur : les divisions entre hommes et femmes, l’abus d’alcool, la marginalité.
Antonio Ramos Revilla écrit également de grands livres et Daniel Espartaco est très influencé par la littérature russe. Pablo Berthely a obtenu le Prix National du Roman Jorge Ibargüengoitia avec son premier roman, Enemigos imaginarios (« Ennemis imaginaires »), et il est désormais publié chez Tusquets. Andrés Cota Hiriart est un autre romancier qui pourrait monter dans les années à venir.

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