Pour poursuivre notre réflexion sur les relations France-Mexique pour le bicentenaire des relations diplomatique, Leonardo Torres Londoño attire notre attention sur un geste diplomatique des deux pays qui révèle un contentieux ancien.
Allées et venues des Codex mexicains
Si les peuples nahuas, après leur longue errance ont bien trouvé la vallée d’Aztlán pour y développer leur civilisation mexica, quelques Codex, ces manuscrits à la valeur inestimable qui racontent rituels, traditions et coutumes et qui sont indispensables à la compréhension des peuples mésoaméricains, connaissent un terrible « exil » dans la vieille Europe, loin, très loin de leur terre originelle. On les retrouve à Dresde, à Florence, à Madrid ou à Paris, où à la BnF en possède une collection de 70, voire à la bibliothèque de l’Assemblée nationale !
En cette fin d’année 2026, la France et le Mexique ont échangé temporairement les Codex Azcatitlán (aux mains de la BnF, mais sorti illégalement du territoire mexicain en 1840) et le Codex Boturini (propriété de l’état mexicain) : ils seront exposés le premier à Mexico, le deuxième à Paris. Et cet échange souligne le réchauffement de relations diplomatiques, mises à mal par l’affaire Florence Cassez entre 2009 et 2013, mais déjà passablement empoisonnées par des querelles autour de la possession des Codex.
L’épisode sans doute le plus connu et le plus savoureux en ce domaine est celui du Codex Tonalámatl de Aubin, »récupéré » subrepticement en 1982 à la Bibliothèque nationale de France par l’avocat et chercheur mexicain José Luis Castañeda del Valle, aujourd’hui décédé. Après l’avoir subtilisé, et traversé un certain nombre de frontières avec le manuscrit dans ses vêtements, il rentra à Cancun, sa ville, où recherché par la police, il remit finalement le précieux volume aux autorités mexicaines. Le précieux Codex fut déposé sous bonne garde à la biblioteca del Instituto Nacional de Antropología y de Historia de México. S’il n’a jamais été « rendu », malgré toutes sortes de tractations et pressions diplomatiques de la France considérant avoir été volée, c’est parce qu’il s’agit là d’un document préhispanique qui, selon la loi mexicaine, ne peut pas quitter le territoire national. Cette histoire a bien envenimé les relations bilatérales et la BnF n’a pas hésité à « se venger » en interdisant l’accès à ses collections aux chercheurs mexicains jusqu’en 1994, date à laquelle un arrangement a été trouvé : le Mexique conserve le Codex mais officiellement il appartient à la BnF. En tout cas, le voleur et/ou le héros n’a jamais été poursuivi au Mexique mais cela a mis, sûrement, un terme à ses voyages en Europe. De ce côté-ci de la mer océane, la légende dit que la conservatrice en charge du Codex a démissionné car le gouvernement de François Mitterrand (grand prince) ne faisant pas un casus belli de cette perte, s’était contenté d’avaliser, en quelque sorte, l’exfiltration…
La France possède dans ses trésors la deuxième collection de Codex au monde après celle du MNAM, et parmi ces trésors se trouve également le Codex Borbonicus, soigneusement conservé dans les réserves de la bibliothèque de l’Assemblée nationale. Ce Codex fut acquis aux enchères par la France en 1826, deux ans après la loi mexicaine qui a interdit la sortie de pièces précolombiennes du pays. Il serait, donc, acquis illégalement. Mais comme une loi similaire existe en France, où ces œuvres sont considérés comme faisant partie des trésors du patrimoine national, il est hors de question de le rendre. Et même les lettres personnelles du président López Obrador au président Emmanuel Macron via leurs épouses, n’ont pas eu de réponse… Si ce n’est la réponse du berger à la bergère.
En 2024 la communauté Nahñu, dans l’état d’Hidalgo, au centre du Mexique, soutenue par des députés de la France Insoumise, a écrit une lettre pour réclamer la restitution du code où sont représentées et décrites quelques traditions toujours vivantes chez les Nahñu, comme l’allumage des flambeaux faits de cactus pour annoncer les fêtes.
Ce contentieux sans fin n’empêche pas une entente cordiale entre les deux pays ainsi que le montre cet échange présenté dans ce numéro de notre revue L’autre Amérique dédié au Mexique. Cela dit, les Codex seront, à n’en pas douter, surveillés, de part et d’autre de l’Atlantique, comme du lait sur le feu. Il faut savoir que si la France a entamé une sorte de mea culpa avec la loi de restitution de bien culturels de 2026 qui a permis le retour aux pays africains de nombreuses pièces issues de pillages coloniaux, les Codex mexicains n’y sont pas inclus. Leur retour dans la vallée d’Aztlán semble encore bien long et incertain.
Renseignements pratiques
Le Codex Boturini est exposé au musée de la Bibliothèque nationale de France, site Richelieu, 5 rue Vivienne 75002 Paris, jusqu’au 13 décembre 2026.

Le Codex Azcatitlán sera exposé jusqu’au 6 décembre 2026 dans la salle d’expositions Mario Vázquez du Museo Nacional de Antropología, au Mexique.

Un fac-similé du Codex Borbonicus est consultable à la bibliothèque Claude Lévi-Strauss du Collège de France, Institut des civilisations, 52 rue du Cardinal Lemoine – 75005 Paris.


Francisco Izquierdo Quea à la Maison de l’Amérique latine
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