Pour les amateurs de nouvelles, un genre que la langue espagnole, heureusement, ne néglige pas et qui se fait valoir grâce à des prix qui stimulent dans une certaine mesure la popularité de nos autrices (et cela vaut la peine de le répéter, car beaucoup n’apprécient pas que nous, en tant qu’autrices, remportions des prix). Mais, comme nous le savons, déranger n’est pas un problème pour l’écrivaine et militante mexicaine Dahlia de la Cerda, qui, en 2025, a remporté à New York l’Audie Award, qu’elle a ramené à Aguascalientes, en plus d’avoir été finaliste du Prix Ribera del Duero avec son merveilleux recueil de nouvelles Medea me cantó corrido (2024), publié en France en janvier 2026 par les Éditions du Sous-sol sous le titre Mexico Médée, qui a fait l’objet d’une traduction audacieuse en français par Lise Belperron.
Dans ces six récits, Médée, l’anti-héroïne de la tragicomédie noire mexicaine, arrive du passé dans le légendaire Aztlán (toute ressemblance avec la réalité est pure coïncidence) pour nous chanter à l’oreille un corrido[1] strident. Ces histoires, qui s’entremêlent de manière indépendante ou forment une lecture circulaire, constituent la structure de ce qui pourrait également être un roman choral accompagné d’une bande originale. De la Cerda nous prend par la main pour nous faire découvrir son héroïne hellénique, une Médée contemporaine tatouée, aux tresses africaines très « perritas » (qui détonnent), qui fait son entrée en scène au volant de sa Jetta ailée pour donner, à travers ses rencontres fortuites, tout son sens à la rédemption que ses protégés recherchent encore. S’exiler, partir, entreprendre le voyage ou s’échapper. Car, comme ses semblables, elle doit elle aussi fuir à travers le temps pour venir nous montrer que, dans n’importe quel village comme San Miguelito, l’humiliation de la maltraitance autorisée continue de s’enraciner et de persister. Cependant, elle apportera elle-même le soulagement à la douleur de toute femme qui a besoin de son aide et s’assiéra à ses côtés pour lui dire : « Je m’appelle Médée et je suis là pour t’aider ». Car Médée, la sorcière, la nièce de Circé, la chamane, t’aidera à avorter, à tuer ou à te venger. Mais surtout, elle aura le remède pour te guérir et te traiter avec compassion et tendresse.
Face à la dérive du présent, nous constatons que l’autrice s’impose comme une narratrice incontournable de sa génération avec cette réinterprétation du mythe grec, sans oublier que la dimension mythique, quelle que soit l’époque, remplit sa fonction qui consiste à révéler les modèles exemplaires de toutes les activités humaines significatives, comme le mentionne Mircea Eliade. Dans Mexico Médée, l’histoire « vraie » révèle également le surnaturel et le magique, permettant ainsi à sa mission cathartique de racheter les fléaux d’une société mortifère, rongée par la misogynie et la violence machiste, qu’elle dénonce à travers le registre sociolinguistique des argots locaux de la jeunesse qui l’intéressent. Le style caustique qui la caractérise recourt avec souplesse à un lexique brut, morbide et viscéral, où les mots de nombreuses femmes agressées par des centaines de Jason ont perdu toute douceur.
Entre la fureur de ses poignards et la rage de ses serpents empoisonnés, De la Cerda occupe la place qui lui revient dans la littérature mexicaine, celle de raconter son pays sans filtre ni concession.
Traduction L’autre Amérique

Mexico Médée de Dahlia de la Cerda
Traduit de l’espagnol (Mexique) par Lise Belperron, Éditions du sous-sol, 2026, 176 p.
[Medea me cantó un corrido, México, Sexto Piso, 2025]
Playlist de l’autrice sur Spotify pour accompagner la lecture de ces récits :
[1] Le « corrido » est un genre musical mexicain. Il s’agit d’un récit populaire destiné à être chanté, récité ou dansé. Les « corridos » sont également connus sous les noms de « tragedias », « mañanitas », « ejemplos », « versos », « relaciones » ou « coplas »

Editorial – Le Mexique
Entre la France et le Mexique, l’Alliance Française tisse un lien discret mais tenace depuis plus de 140 ans