La simple lecture des cinq mots qui constituent le titre du roman de Gallo Molina nous invite à la réflexion : Mientras viva en la tierra (Tant que je vivrai sur terre). Que ferons-nous pendant les années où nous serons vivants ? Vivrons-nous juste pour vivre ? Élaborerons-nous un projet de vie ou nous laisserons-nous simplement porter par le courant ? Naissons-nous avec un destin ? Devons-nous être comme nos parents ou pouvons-nous vivre différemment ? Faut-il mourir jeune pour être inoubliable ? Quand on a tout obtenu à un jeune âge, que reste-t-il à faire ? Ces questions, et bien d’autres encore, nous sont posées par l’œuvre qui a remporté le Prix Juan Rulfo du premier roman 2023 et qui a été publiée par le Fondo de Cultura Económica dans la collection Letras Mexicanas.
Mientras viva en la tierra, à la manière de La tumba (Le tombeau), premier roman de José Agustín, est écrit sur un ton humoristique avec une musique de fond pour intensifier le conflit existentiel de Lucas, le personnage principal, qui doit son nom à une star du football que son père admire et avec laquelle il aura sa première leçon de vie : #NoTengasÍdolos (N’aie pas d’idoles). Le langage simple et la structure linéaire ne diminuent en rien la profondeur de la crise des 27 ans, limite entre la jeunesse et l’âge adulte à l’heure actuelle, où l’on attend qu’une liste de souhaits soit remplie avant 30 ans ou en voie de se concrétiser, car le temps presse pour cette génération qui pourrait bien trouver dans la mort une issue face à son incapacité à atteindre l’indépendance tant désirée.
Le « Club des 27 »
Avec ces préoccupations, Lucas s’intéresse à la vie et à l’œuvre des membres du « Club des 27 », qui sont morts à cet âge : Brian Jones, Jimi Hendrix, Janis Joplin, Jim Morrison, Kurt Cobain et, plus récemment, Amy Winehouse, dans un voyage introspectif qui l’amène à définir sa place sur terre tant qu’il y reste. Le personnage réfléchit aux années vécues au moment de la mort et conclut que l’âge a bel et bien de l’importance, car mourir à un âge avancé n’est pas la même chose que mourir alors que l’on commence à peine à vivre.
L’auteur se plonge dans des monologues intérieurs inconciliables avec sa situation personnelle et familiale. Au milieu d’un mariage brisé et étant fils unique, Lucas doit faire face à des insécurités et des zones d’ombre. L’attitude des parents est remise en question par le fils rebelle, que ce soit en raison du conformisme paternel ou de la libération de la mère. Avec l’aide d’une psychologue, il repensera son destin car les parents, bien qu’ils modèlent les comportements, ne conditionnent pas leurs descendants à vivre ou à être comme eux.
Mientras viva en la tierra est un roman sur la jeunesse qui reflète les inquiétudes des jeunes, où règne l’incertitude quant à la fluidité de la vie dans les sphères sociales, familiales et professionnelles, où rien n’est garanti à moyen terme et encore moins à long terme. C’est aussi un roman qui permet de comprendre les jeunes et leurs complexités.
Traduction L’autre Amérique

Mientras viva en la tierra de Gallo Molina
[Inédit en français]
Fondo de Cultura Económica, 2024

La revue à l’Institut Cervantes (Paris)
Urgence/Urgencia de Jorge Torres Medina
Éditorial – Musique et littérature
La contracultura en México de José Agustín