Les excès sont dangereux, comme le disaient déjà les Grecs, pour qui la pire des fautes était l’hubris. L’élément central du roman Yo soy el Araña (C’est moi, l’Araignée), de Carlos Padilla, est l’excès de lecture, l’addiction aux bandes dessinées, ou disons plutôt aux « historietas ».
Le recours à un personnage animé par une passion démesurée pour la lecture n’est pas original et compte quelques exemples remarquables. Dans le cas présent, il s’agit de Pedro Pérez, un jeune agent de la police d’État qui, depuis l’âge de 10 ans, est un fervent lecteur de bandes dessinées de super-héros américains. Pedro subit un traumatisme crânien qui, par un mystère de la psyché, le convainc qu’il est Espáiderman[1] et qu’il possède des super-pouvoirs. C’est ainsi que commence son aventure d’une journée, qui ne se déroule pas dans La Mancha mais dans une ville du nord du Mexique.
Pedro et María Juana forment le couple central du roman, tous deux pris au piège dans la toile de leurs histoires où la misère et les injustices ne manquent pas. Autour d’eux gravitent un certain nombre d’alliés et d’ennemis, avec des surnoms tels que « el Pulpo » (le Poulpe), « el Duende » (le Lutin) ou « el Veneno » (le Venin). En toile de fond du roman, on trouve une société marquée par deux lois : la loi officielle, censée garantir le bien-être général et dont Pedro Pérez est un représentant, et une autre loi clandestine, dépourvue de valeurs éthiques, qui finit toujours par imposer ses règles par le biais de la corruption. Ses alliances secrètes avec le pouvoir sont très bien décrites.
La lecture de Yo soy el Araña se déroule sans difficulté. La langue utilisée est l’espagnol de cette région du Mexique, avec des régionalismes dont la signification, si elle n’est pas toujours claire, se devine aisément. Le rythme du récit est vif et amusant, à l’image des sauts de Peter Parker, devenu Spider-Man après avoir été mordu par une araignée, et qui, bien qu’il ne soit jamais mentionné, plane au-dessus de ce roman dans l’imagination du lecteur.
Carlos René Padilla utilise une combinaison bien dosée d’humour et d’émotion, en évitant toute exagération, pour captiver le lecteur et rendre les scènes les plus violentes supportables, voire attrayantes. Les meurtres deviennent des événements banals, comme dans un jeu vidéo ou dans la vie quotidienne des sociétés en proie à la criminalité liée au trafic de drogue.
Yo soy el Araña a remporté le Prix national du roman noir, et l’un de ses autres mérites, non des moindres, est de faire appel à l’imaginaire comme moyen d’évasion dans un monde trouble et dangereux.
Traduction L’autre Amérique

Yo soy el Araña de Carlos René Padilla
Reservoir Dogs, 2019
[Inédit en français]
[1] Prononciation hispano-anglaise du personnage Spider-Man.

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